Voitures électriques : matières premières chinoises, savoir-faire chinois ?

15. juin 2022 | Marché, Économie

L’industrie automobile chinoise est en pleine croissance, les constructeurs européens doivent se préparer à une forte concurrence.

L’e-mobilité est en plein essor et la demande en matières premières nécessaires à sa fabrication, comme le lithium et les terres rares, ne cesse de croître. Alors que les constructeurs automobiles européens dépendent surtout pour ces dernières presque entièrement des importations, les concurrents chinois sont pour ainsi dire assis à la source. Sans surprise, le pays est désormais considéré comme le plus grand marché pour les véhicules zéro émission. Un nombre croissant de voitures électriques produites dans l’Empire du Milieu est exporté. En 2021, on en comptait environ 500.000, rapportait en mars Nikkei Asia en se référant aux chiffres de l’administration douanière chinoise. La moitié de ces voitures étaient destinées à l’Europe.

Le fait que cette part augmentera encore à l’avenir est également dû à l’intervention de constructeurs européens. Comme l’a écrit récemment le Handelsblatt en se référant à des cercles bien informés, le constructeur automobile BMW veut également vendre aux Etats-Unis sa « Mini » électrique développée en collaboration avec l’entreprise chinoise Great Wall Motors (GWM). L’objectif déclaré de GWM est toutefois l’Europe. Le centre de recherche et de développement ouvert en 2016 à Dietzenbach, dans le Land de Hesse, devrait également servir à conquérir ce marché.

Une porte ouverte pour les géants chinois de l’automobile ?

Selon le Handelsblatt, BMW misera principalement sur le savoir-faire technique de GWM pour sa « Mini » électrique qui sortira des chaînes de production en Chine. Le journal spécule en outre que BMW pourrait se rapprocher de son propre objectif de rendement en reprenant cette technologie relativement peu coûteuse sur les sites de production européens. Mais le constructeur munichois ferait ainsi de la publicité pour le secteur automobile d’Extrême-Orient, qui était souvent moqué auparavant en raison de défauts de qualité ou de designs copiés. Selon un sondage réalisé par le cabinet de conseil Simon-Kucher & Partners, la moitié des personnes interrogées sont déjà ouvertes à l’achat d’une voiture électrique produite en Chine. Les principaux arguments en faveur d’un achat sont un rapport qualité-prix élevé et une technologie de pointe.

Un danger pour le secteur automobile européen ?

L’avantage du site de GWM, SAIC Motors ou Geely est énorme : selon le Nikkei Asia, il est question de coûts de production jusqu’à 50 pour cent inférieurs en raison de l’approvisionnement plus efficace des matières premières. Et le gouvernement chinois devrait avoir à cœur d’assurer l’approvisionnement en matières premières de sa propre industrie. L’exportation d’aimants permanents pourrait alors être nettement réduite, comme le fait remarquer le groupe d’études de marché Adamas Intelligence, la Chine enregistre une forte augmentation de ses propres besoins en terres rares nécessaires à la fabrication et couvre une grande partie de ces besoins par l’importation, par exemple du Myanmar. Sachant que 98 pour cent des aimants pour voitures électriques dans l’UE proviennent de la République populaire, ce serait une nouvelle dramatique pour les constructeurs automobiles locaux. Ils seraient alors pris en tenaille de deux côtés.

Si l’industrie ne trouve pas de recette contre la concurrence asiatique, c’est tout le site européen qui est menacé. Selon la Commission européenne, près de 14 millions de personnes travaillent directement ou indirectement dans le secteur automobile. Robin Harding, correspondant pour l’Asie du Financial Times, a comparé la situation actuelle à l’arrivée des voitures japonaises, désormais équivalentes, sur les marchés mondiaux à la fin des années 1970. Les États-Unis avaient alors fait pression pour limiter les importations de voitures japonaises. La situation s’est transformée en une guerre commerciale entre les puissances alliées, car d’autres industries du pays du soleil levant ont également fait irruption sur le marché.

A long terme, les conflits n’ont pas porté préjudice aux entreprises japonaises, qui ont réagi en construisant leurs propres installations de production aux Etats-Unis. Enfin, en 2021, Toyota a pour la première fois vendu plus de voitures que GM. Pour la première fois depuis 1931, le constructeur de Détroit n’est donc plus le leader aux Etats-Unis, rapportait alors CNBC.

Par rapport à la situation des années 1980, l’impact d’une industrie automobile chinoise qui continue à se renforcer est nettement plus important, résume Harding.

Photo: iStock/dadao

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