Le dilemme des matières premières de la Chine

29. octobre 2021 | Marché

La dépendance de l’Europe et d’autres régions vis-à-vis de la Chine pour les matières premières est un thème récurrent. Cependant, on oublie souvent que la Chine elle-même importe de grandes quantités de terres rares.

Ces derniers mois, on a beaucoup parlé des mesures par lesquelles les États-Unis et d’autres pays veulent devenir moins dépendants des importations de terres rares en provenance de Chine. Les projets vont du recyclage à l’allègement fiscal en passant par le développement de nouveaux gisements de matières premières. Une enquête a même été lancée par le ministère américain du commerce sur la menace que représente pour la sécurité nationale la dépendance à l’égard des importations magnétiques en provenance de Chine.

Ce que l’on oublie parfois, c’est que la Chine doit également prendre des mesures pour garantir son propre approvisionnement. Depuis 2018 au plus tard, le pays est le premier importateur mondial de terres rares, comme le montrent les données de l’agence de presse Reuters. Cela est particulièrement évident dans le cas des terres rares lourdes, dont 50 % sont importées du Myanmar voisin.

Les chaînes d’approvisionnement de la Chine sont également vulnérables, comme l’a montré l’été de cette année. En raison du COVID-19, la frontière entre les deux pays a été fermée et l’importation de matières premières s’est pratiquement arrêtée (nous en avions parlé). Au printemps déjà, le coup d’État militaire au Myanmar avait entraîné une interruption de l’approvisionnement en terres rares, comme le rapportait à l’époque le service industriel Roskill.

Les mines américaines, la production chinoise

Les États-Unis exportent également de grandes quantités de terres rares vers la Chine. Près de 98 % des matériaux extraits dans cette région sont expédiés en Chine, selon les données de la Commission du commerce international des États-Unis. Cela montre l’importance réelle de la Chine pour l’industrie, car outre l’exploitation minière, le pays s’est surtout spécialisé dans la préparation et le traitement des terres rares. Les États-Unis et d’autres pays ne disposent pas des installations nécessaires à cet effet.

Les énormes capacités et le savoir-faire dont dispose aujourd’hui la Chine en matière de transformation sont particulièrement évidents dans la production d’aimants permanents à base de terres rares telles que le néodyme et le praséodyme. Selon l’Alliance européenne des matières premières (ERMA), la Chine représente 90 % de la quantité de ces composants produits dans le monde, qui sont nécessaires aux voitures électriques, mais aussi aux éoliennes. Deux domaines qui prennent également de plus en plus d’importance en Chine.

En 2020, le pays a construit  autant d’éoliennes que le reste du monde réuni : une capacité de 100 gigawatts a été mise en ligne en Chine. L’électromobilité est également devenue un facteur important dans le pays. Mesurée par le nombre de voitures électriques, la Chine est le plus grand marché et le potentiel de croissance est loin d’être épuisé, comme l’a récemment indiqué le cabinet de conseil en gestion McKinsey. Le pays satisfait largement sa propre demande. La voiture électrique la plus populaire de Chine, la Wuling HongGuang Mini EV, est issue de la production nationale. Comme d’autres pays, la République populaire veut naturellement profiter de l’essor de cette technologie et d’autres technologies futures. Le grand intérêt porté à l’obtention des matières premières nécessaires n’est donc guère surprenant.

Photo: iStock/SeanPavonePhoto

énergies renouvelables 2030