Comment les terres rares peuvent éclaircir les fraudes à l’étiquetage

14. mars 2022 | Connaissances

Les domaines d’application des terres rares et des métaux technologiques sont au cœur de l’actualité de Métaux-industriels.net. Mais lors de ses recherches de fond, la rédaction tombe régulièrement sur des sujets qui semblent plutôt curieux. Nous ne voulons pas vous en priver et vous les présentons de manière ponctuelle. Aujourd’hui, il s’agit des mollusques et de la manière dont leur origine régionale peut être prouvée. La terre rare néodyme est importante à cet égard.

Le néodyme est surtout connu comme composant d’aimants permanents extrêmement puissants. Ceux-ci sont utilisés dans les technologies d’avenir comme les éoliennes et l’électromobilité et sont également indispensables à l’électronique quotidienne comme les smartphones et les écouteurs. Mais le néodyme possède encore bien d’autres qualités insoupçonnées. Ainsi, ce métal de terre rare pourrait contribuer à mettre fin à un scandale d’étiquetage erroné dans l’industrie japonaise du poisson. Comme le rapporte le journal The Asahi Shimbun, des chercheurs ont mis au point une méthode permettant d’identifier l’origine des coquillages comestibles à partir de la composition des isotopes de néodyme présents dans leur coquille. Cette méthode devrait également être applicable à d’autres produits de la pêche.

Une enquête du ministère japonais de la pêche a fait naître début février le soupçon que l’origine de produits prétendument locaux était falsifiée, écrit The Japan Times. Selon cette enquête, 80 pour cent des moules asari, dont l’étiquetage indique qu’elles proviennent de la préfecture de Kumamoto, ont en fait été produites à l’étranger. L’offre dans les supermarchés aurait largement dépassé la quantité de moules récoltées à Kumamoto. La préfecture a donc suspendu la vente pendant deux mois afin de lutter contre le mauvais étiquetage et de regagner la confiance des consommateurs.

Des isotopes de néodyme dans les coquillages indiquent l’origine.

Mais cela pourrait s’avérer problématique. Il est difficile de prouver le contraire lorsque l’origine des coquillages est mal étiquetée, selon une source de l’industrie citée par The Japan Times. La nouvelle méthode de mesure pourrait y contribuer de manière décisive. Des scientifiques de l’Université de Tokyo, de l’Université de Hirosaki et d’autres institutions ont utilisé le fait que la teneur en isotopes de néodyme dans l’eau de mer varie en fonction de la région géographique. Cela est dû au sable et aux particules provenant des rivières qui se jettent dans la mer. Si les formations géologiques datent d’époques totalement différentes, comme au Japon et en Chine, on observe également des différences notables dans la proportion des isotopes du néodyme, explique Kentaro Tanaka, l’un des chercheurs impliqués. L’isotope 143 du néodyme, par exemple, est plus rare dans les sédiments géologiques plus anciens.

Le néodyme contenu dans les eaux côtières est absorbé par les coquillages. En fonction de l’endroit où les animaux marins sont élevés, ils absorbent donc du néodyme dans différents rapports isotopiques. L’équipe de chercheurs s’est penchée sur des moules asari dont l’étiquette d’origine indique qu’elles proviennent de la préfecture de Fukuoka, de la préfecture de Kumamoto et de Chine. Ils ont constaté que les valeurs isotopiques des moules de Kumamoto étaient proches de celles des palourdes chinoises. En revanche, les valeurs des palourdes de Fukuoka étaient similaires à celles des palourdes d’autres régions du Japon. Cela suggère un possible mauvais étiquetage des produits de Kumamoto. Les résultats ont été publiés dans la revue internationale Food Chemistry.

« Nous pensons pouvoir estimer, grâce à notre méthode, combien de temps les moules ont été élevées en Chine ou au Japon » [traduction de Métaux-industriels.net], explique Kentaro Tanaka. Selon lui, cela pourrait servir de dissuasion contre les contrefaçons d’origine.

Photo : iStock/flyingv43

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