LED Volume : la révolution cinématographique derrière The Mandalorian

25. février 2022 | Technologies

Une nouvelle technologie d’effets spéciaux révolutionne le monde du cinéma. Elle repose sur d’immenses écrans LED à haute résolution intégrant des métaux rares tels que le gallium et l’indium.

The Mandalorian, lancé fin 2019 sur la plateforme Disney+, est la première série avec acteurs de l’univers étendu de Star Wars. Ce western galactique autour d’un chasseur de prime solitaire et de son protégé aussi mignon que doté de pouvoirs exceptionnels a immédiatement connu un immense succès. Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung n’a pas été le seul a penser que le show était « la meilleure histoire Star Wars depuis longtemps ». Elle a réconcilié la majorité des critiques et des fans avec la franchise après la réception très mitigée de la dernière trilogie sur grand écran.

Mais les coulisses du tournage ne sont pas moins impressionnantes. Même si la plupart des spectateurs ne s’en rendent pas compte, la série établit de nouveaux standards révolutionnaires en matière de production cinématographique. Pour la première fois, on a en effet mis en œuvre la technologie StageCraft, un « plateau numérique » aussi appelé le Volume. Elle a été développée par Industrial Light & Magic (ILM), le studio d’effets visuels de la société de production des films Star Wars, Lucasfilm. Les immenses écrans LED sont certainement l’élément le plus impressionnant du système. Avec plus de 6 mètres de haut sur 50 mètres de long, ils forment un arc de cercle de 23 mètres de diamètre autour du plateau de tournage, affichant des décors virtuels qui servent de coulisses et peuvent être changés à volonté.

Ceci rappelle à première vue une ancienne technique visuelle des studios hollywoodiens, la transparence ou rétroprojection. Celle-ci consistait à projeter un film de décor sur un écran semi-transparent placé derrière les acteurs qui jouaient en studio. On pense ici aux nombreuses scènes de voiture, par exemple dans le film d’Hitchcock La main au collet (To Catch a Thief). Mais le spectateur se rendait vite compte du montage en deux dimensions, au plus tard lorsque la caméra se déplaçait.

Des images intelligentes qui réagissent à la caméra

Les images générées par le Volume, en revanche, semblent presque intelligentes. Loin d’être statiques, ces projections réagissent en temps réel aux mouvements de la caméra. Lorsque celle-ci se déplace, le décor de l’écran LED adapte la perspective pour correspondre à l’angle de la prise de vue, comme cela se passerait dans un véritable environnement. Une prouesse rendue possible par des capteurs qui enregistrent l’orientation et la position de la caméra.

Servant par ailleurs d’éclairage du plateau, les écrans LED créent une luminosité naturelle et des reflets réalistes. Un simple clic de souris suffit pour modifier n’importe quel détail du décor. Chaque rocher, arbre ou édifice individuel peut être déplacé, mais aussi des paysages entiers, tout en contrôlant la position du soleil, l’heure de la journée et la météo, et en produisant les effets lumineux correspondants. 

© & ™ Lucasfilm. Image du Mandalorian avec l'aimable autorisation d'Industrial Light & Magic.

Révolutionnaire : les décors créés par les écrans LED sont une illusion parfaite. © & ™ Lucasfilm. Image du Mandalorian avec l’aimable autorisation d’Industrial Light & Magic.

Les similitudes avec les jeux vidéo ne sont pas accidentelles. En effet, ces images reposent sur Unreal Engine, le principal logiciel de développement de jeux vidéo actuellement sur le marché et qui permet de créer des univers artificiels particulièrement réalistes. Les joueurs peuvent déplacer leurs avatars dans des paysages interactifs en trois dimensions assemblés à partir de millions de triangles microscopiques.

La plupart des coulisses du Mandalorian ne sont toutefois pas entièrement générées par ordinateur. Elles reposent sur des milliers de photos prises avant le tournage de la série. Comme le magazine American Cinematographer le décrit, on a transféré ces images réelles de paysages, d’accessoires et de textures sur des objets virtuels en 3D pour obtenir des résultats plus vrais que nature. Les étendues désertiques de Tatooine, les forêts et marais de Sorgan ou les volcans de Nevarro sont tous des montages numériques sophistiqués. Mais l’illusion est tellement parfaite que le spectateur ne peut pas faire la différence entre des panoramas réels et les écrans LED.

Un nouveau style de tournage

Pour développer StageCraft, ILM s’est associé non seulement à Epic Games, l’éditeur de Unreal Engine, mais également à plusieurs autres partenaires dont le fabricant de cartes graphiques NVIDIA et la société de technique cinématographique munichoise ARRI. Jon Favreau, le créateur, scénariste en chef et showrunner du Mandalorian avait déjà expérimenté dans des tournages précédents avec certains éléments de cette nouvelle technologie, tels que les éclairages LED et les moteurs de jeux, et il a activement participé à l’élaboration de la solution.

Une vidéo d’ILM dévoilant les coulisses du tournage de la deuxième saison du Mandalorian montre toutes les ressources de cette technologie. La possibilité de transporter n’importe quel endroit du monde dans le studio et de le modifier à l’envi ouvre aux créateurs des libertés jusque là inconcevables. La technologie représente certes un investissement considérable, mais tourner avec Volume simplifie la logistique, fait gagner du temps et de l’argent et réduit par ailleurs les émissions de CO2. Les séries, qui disposent d’un budget moindre et de délais plus courts que les films, pourront ainsi grandement profiter de StageCraft. Il n’est donc pas étonnant que The Mandalorian soit souvent qualifié de première série affichant une qualité cinématographique, comme l’a fait le Washington Post.

La technologie StageCraft donne une toute nouvelle dimension à la production cinématographique et pourrait à terme remplacer en grande partie les fonds verts. © & ™ Lucasfilm. Image du Mandalorian avec l’aimable autorisation d’Industrial Light & Magic.

Les étapes de production sont plus efficaces, explique Jon Favreau dans la vidéo. Une grande partie de la pré- et de la post-production se déroulent en même temps que le tournage lui-même, ce qui a permis de filmer de 30 à 50 % plus de pages de scénario par jour, une « amélioration incroyable ». Plus besoin de construire des coulisses généralement très coûteuses ni de transporter l’équipe tout entière avec des tonnes d’équipement jusqu’au bout du monde. Le décor vient aux acteurs, et pas le contraire, a déclaré Jon Favreau au Hollywood Reporter. Un avantage considérable, notamment pendant la période du Covid où l’on a pu continuer à tourner sans interruption.

La fin des fonds verts ?

Autre source d’économies : par rapport au fond vert qui a été pendant des décennies le standard absolu du cinéma numérique, StageCraft raccourcit notablement les délais de production. Avec la technologie des fonds verts, pour laquelle ILM a d’ailleurs également été un précurseur, les acteurs jouent devant une coulisse verte (ou, mais plus rarement, bleue). Celle-ci est par la suite remplacée sur ordinateur par le décor final. La post-production est donc plus chère et plus longue. En outre, le vert se reflète parfois de manière peu flatteuse sur les visages, les costumes et autres accessoires. Avec l’armure reluisante du Mandalorian, il aurait été quasiment impossible de filmer sur fond vert les scènes impliquant le chasseur de primes. Aucun problème avec StageCraft puisque l’arrière-plan, l’éclairage et les réflexions ont pu être harmonisés dès le tournage. Et les acteurs ne sont pas les derniers à se réjouir du nouvel environnement qui leur permet de profiter des décors en temps réel au lieu de se mouvoir devant un vide vert.

Les lieux de tournage peuvent être changés en un rien de temps, permettant des économies notables de temps et d’argent. © & ™ Lucasfilm. Image du Mandalorian avec l’aimable autorisation d’Industrial Light & Magic.

Pas de Volume sans l’indium et le gallium

L’invention d’ILM n’aurait pas été possible sans gallium et indium, les éléments à la base des technologies LED. Intégrés aux semi-conducteurs, ces métaux permettent de représenter quasiment toutes les couleurs et luminosités. Le magazine Film & TV Kamera révèle les caractéristiques techniques des écrans vidéo mis en œuvre dans The Mandalorian : exactement 1326 unités LED, complétées par deux modules de plafond amovibles constitués par 132 autres unités. Cela signifie des millions de diodes lumineuses intégrant des quantités de métaux technologiques infinitésimales mais indispensables à leur fonctionnement. Les écrans sont des modèles ROE Black Pearl BP2 avec un pitch de 2,84 millimètres. Cette résolution permet d’éviter l’effet moiré, ces lignes disgracieuses que l’on voit souvent sur les photos d’écrans.

L’avenir du cinéma ?

Ce premier décor LED n’est pas resté le dernier. ILM a encore optimisé la technologie et plusieurs studios Volume ont vu le jour dans le monde entier. Les séries Star Wars Boba Fett et Obi Wan-Kenobi, le film Marvel Thor : Love and Thunder ainsi que The Batman de l’univers DC font partie des productions qui y ont été tournées. Il existe par ailleurs des installations StageCraft mobiles qui peuvent être placées n’importe où. George Clooney en a utilisé une pour son film Netflix Minuit dans l’Univers (The Midnight Sky). D’autres sociétés de production s’y mettent également et construisent leurs propres studios. L’une des plus importantes installations en Europe se trouve depuis l’été dernier dans les célèbres studios Babelsberg à Postdam, près de Berlin. La société de production Dark Ways a considérablement participé à ce projet. Elle appartient à Baran bo Odar et Jantje Friese, les créateurs de la série allemande à succès Dark, sur Netflix. C’est sur ce plateau qu’ils ont d’ailleurs tourné leur nouvelle réalisation, 1899.

Les écrans LED connaissent un essor exponentiel. Les techniques traditionnelles continueront certes à jouer un rôle — même The Mandalorian a également utilisé des décors naturels et des fonds verts —, mais le Volume est en train de devenir le nouveau standard. Des médias spécialisés tels que Indiewire et Film & TV Kamera estiment que cette technologie va changer la donne et influencer durablement l’avenir du cinéma. Les écrans LED avec leurs semi-conducteurs microscopiques en gallium et indium ont déclenché une révolution qui aura des répercussions considérables.

Images avec l’aimable autorisation d’Industrial Light & Magic

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