Lors du salon professionnel de cette année à Francfort-sur-le-Main, l'accent a été mis sur le rôle croissant de l'économie circulaire en tant que source stratégique de matières premières, ainsi que sur les principaux défis et les solutions innovantes.
Le recyclage et l’économie circulaire ne sont plus abordés uniquement sous l’angle du développement durable et de la gestion des déchets. Ils sont de plus en plus reconnus comme des sources stratégiques de matières premières susceptibles de renforcer la sécurité d’approvisionnement, ce qui les place au cœur des politiques industrielles et géopolitiques. Cette évolution s’est clairement reflétée lors de l’E-Waste World Conference & Expo à Francfort-sur-le-Main. Devenu l’un des événements phares mondiaux pour les secteurs du recyclage et de l’économie circulaire, ce salon et cette conférence n’ont cessé de prendre de l’ampleur d’année en année.
L'édition 2026 s'est déroulée les 17 et 18 juin dans le hall 3 du parc des expositions de Francfort (Messe Frankfurt). Selon l'organisateur Trans-Global Events, l'événement a réuni plus de 400 exposants, 180 intervenants et participants aux tables rondes, ainsi que plus de 4 500 visiteurs issus des secteurs de l'industrie, des pouvoirs publics et du monde universitaire. Au cours de quatre volets de conférence parallèles, les participants ont abordé les grands thèmes qui façonnent l'économie circulaire : les déchets électroniques et la directive DEEE, le recyclage des batteries, le recyclage des métaux et des matières premières critiques, ainsi que la gestion des actifs informatiques (ITAD) et l'électronique circulaire.

Un lieu de rencontre incontournable pour le secteur du recyclage.
Un message commun est ressorti de nombreuses présentations et discussions : l’importance stratégique du recyclage est désormais largement reconnue ; le défi consiste désormais à passer de l’ambition à la mise en œuvre. La sensibilisation et les investissements dans les technologies de recyclage ont considérablement augmenté ces dernières années, a souligné Pascal Leroy, directeur général du WEEE Forum, lors de son discours d’ouverture dans le cadre du volet « E-Waste » de la conférence. Cependant, son entretien qui a suivi avec John Shegerian, PDG de la société américaine de recyclage ERI, a mis en évidence un problème persistant : beaucoup trop de ressources précieuses continuent d’être perdues.
FutuRaM : Exploiter le potentiel des matières premières contenues dans les flux de déchets européens
L’un des exemples les plus éloquents a été présenté par Kees Baldé, spécialiste scientifique principal à l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (UNITAR). En tant que coordinateur scientifique du projet de recherche FutuRaM, financé par l’Union européenne, M. Baldé a contribué à la réalisation de l’une des évaluations les plus complètes à ce jour concernant les matières premières critiques présentes dans les flux de déchets européens, notamment les déchets électroniques et les résidus miniers.
Selon cette étude, l’amélioration des systèmes de valorisation permettrait à l’Europe de récupérer entre 4,1 et 5,7 millions de tonnes de matières premières précieuses chaque année d’ici 2050. Dans le cadre d’un scénario ambitieux d’économie circulaire, ces ressources secondaires pourraient remplacer jusqu’à 56% des importations de matières premières primaires de la région.

Il y avait beaucoup à découvrir dans l'ensemble du salon.
Malgré ce potentiel, d’importantes lacunes subsistent. Une part considérable des produits en fin de vie n’est jamais acheminée vers les systèmes officiels de collecte et de recyclage. Au lieu de cela, ces produits sont mis en décharge, incinérés ou quittent l’Europe via des flux de matières difficiles à suivre. Des pertes supplémentaires sont à déplorer en raison de l’insuffisance des processus de tri et de démontage. Les éléments de terres rares contenus dans les aimants permanents, par exemple, sont souvent recyclés avec les flux de matériaux ferreux au lieu d’être récupérés séparément.
Pour mieux exploiter la “ mine urbaine ” européenne, M. Baldé a fait valoir qu’il était essentiel de disposer de données plus complètes et de normes harmonisées pour le suivi des flux de déchets et de matières premières secondaires. Parallèlement, il convient d’accroître les capacités de recyclage, tandis que le principe de circularité doit être intégré dès le début dans la conception des produits.

Des milliers de visiteurs ont assisté à l'E-Waste World Expo, qui s'est déroulée sur deux jours.
Le volet de la conférence consacré au recyclage des métaux et des matières premières critiques a également mis en lumière des opportunités encore inexploitées. Le Dr Britta Bookhagen, responsable des matières premières secondaires à l’Agence allemande des ressources minérales (DERA), accompagnée de Christian Hagelüken, expert indépendant en métaux précieux et en recyclage, s’est penchée sur un exemple particulièrement frappant : les téléphones portables.
On estime à 167 millions le nombre de téléphones portables et de smartphones inutilisés actuellement stockés dans les seuls foyers allemands. Pourtant, les informations fiables sur le devenir de ces appareils à la fin de leur durée de vie utile restent limitées. Comme l’a expliqué M. Bookhagen, on ne dispose de données fiables que pour les produits mis sur le marché, tandis que de nombreux téléphones mis au rebut sont exportés, restent inutilisés dans les foyers ou sont éliminés de manière inappropriée.
Les intervenants ont également mis en avant un nouveau défi pour les futures technologies de recyclage. La composition des téléphones portables a considérablement évolué au fil du temps. Les anciens appareils contiennent généralement des concentrations plus élevées de métaux précieux, ce qui leur confère une plus grande valeur intrinsèque en termes de métaux. Les smartphones modernes, en revanche, contiennent des quantités plus importantes de matières premières de niche et critiques, telles que le gallium et les éléments de terres rares, qui sont nettement plus difficiles à récupérer avec les technologies actuelles.
Cela pose un dilemme stratégique pour les procédés de recyclage de nouvelle génération : ils doivent cibler de plus en plus les matières premières essentielles tout en conservant la viabilité économique assurée par la récupération des métaux précieux, une pratique déjà bien établie.
Le germanium : un potentiel considérable reste encore inexploité
Les flux de matières jusqu’alors négligés ont également retenu l’attention du Dr Christian Hell, responsable senior chargé du germanium et des métaux mineurs chez TRADIUM, un négociant en matières premières. Selon M. Hell, des obstacles majeurs continuent d’entraver la mise en place d’une économie circulaire efficace pour le germanium.
La production primaire est fortement concentrée en Chine ; le matériau est ensuite souvent transformé en Europe avant d’être intégré dans des applications de haute technologie, telles que l’optique infrarouge aux États-Unis. À la fin de leur durée de vie, ces composants reviennent toutefois rarement dans les circuits de recyclage européens.
Pour rendre le recyclage du germanium viable sur le plan commercial en Europe, M. Hell a fait valoir que des mesures incitatives à la fois politiques et liées au marché étaient nécessaires. Il s'agit notamment d'un meilleur accès aux produits en fin de vie ainsi que d'engagements contraignants en matière d'achat au sein de l'Union européenne.

Le Dr Christian Hell, de la société TRADIUM GmbH, a abordé les défis liés au recyclage du germanium.
De nombreuses tables rondes ont également examiné les instruments politiques nécessaires pour surmonter ces obstacles et stimuler la demande en matières premières secondaires, notamment dans le cadre des débats autour de la proposition de règlement de l’UE sur les véhicules hors d’usage. Si les avis divergeaient quant à l’équilibre approprié entre les mesures réglementaires telles que les quotas obligatoires de contenu recyclé, une conclusion est revenue à plusieurs reprises : pour exploiter pleinement le potentiel des matières premières critiques issues de sources secondaires, une collaboration beaucoup plus étroite sera nécessaire tout au long de la chaîne de valeur.
Les matières premières critiques feront l'objet d'une attention encore plus grande à partir de 2027
La conférence et le salon « E-Waste World » offrent de plus en plus cette plateforme de collaboration. Non seulement les sessions de la conférence ont attiré un public nombreux, mais l'espace d'exposition a également favorisé des échanges animés entre des fournisseurs de technologies bien établis, des start-ups, des entreprises du secteur des matières premières, des utilisateurs industriels, des décideurs politiques et des instituts de recherche.
Cet événement s'est imposé comme l'un des principaux rendez-vous internationaux du secteur du recyclage. En 2027, la structure de la conférence sera à nouveau élargie : le thème des « matières premières critiques » fera désormais l'objet d'un volet dédié, distinct du programme existant consacré aux métaux.

Le salon « E-Waste World Conference & Expo » reviendra à Francfort en 2027.
Photos : rawmaterials.net